Introduction au corps

Introduction au corps

“Confinement : comment récupérer sa ligne avant l’été ?” “Confinement et prise de poids : les français auraient pris en moyenne 2.5 kilos” “Comment ne pas grossir pendant le confinement”… 

Difficile d’être passé à côté de ce sujet que les médias nous ont rabaché pendant ces deux mois inédits que nous venons de vivre, entre deux discours politiques et un point sur la situation sanitaire, les chaînes de télévision ont relayé ce message à tendance moralisatrice pour la plupart : “Vous avez pris du poids, il est temps de le perdre”.

Alors après avoir appris à faire notre pain, cousu des masques et nous être entraînés aux gestes barrières pour survivre au déconfinement, il nous faudrait maintenant nous hâter de reprendre une activité physique pour laisser ces 2 kilos en trop dans notre grotte de confinement, loin du regard des autres et des plages ensoleillées (enfin, celles autorisées à ouvrir).

Rassurez-vous, la situation n’est pas aussi grave que ce qu’on veut vous faire croire. Tout d’abord notre poids, ne l’oublions pas, est un simple indicateur qui ne signifie pas grand chose en lui même. Il varie constamment, selon le moment de la journée, selon le type d’aliments que l’on a consommé (une alimentation salée, par exemple, entraîne la rétention de liquides et donc l’augmentation du poids), selon notre activité physique (qui ne se résume pas à l’activité sportive), et même selon la balance que l’on utilise pour se peser.

 

Ajoutons à cela le contexte bien particulier que nous avons tous vécu, la baisse d’activité physique découlant de la limitation des déplacements et des sorties, l’inquiétude et l’anxiété ressenties (tout à fait normales en cette période inédite), les modifications dans notre mode d’alimentation pour s’adapter à ce nouveau rythme… 

Les explications sont nombreuses et la synthèse proposée par les JT n’invite pas à les prendre en compte. 

 

Mais il ressort de cette médiatisation des variations pondérales des français une question plus intéressante, plus profonde, qui mérite d’être explorée afin de vivre plus épanouis, plus sereins. C’est la question du rapport que nous entretenons avec cette entitée complexe qu’est le corps.

 

Alors ensemble essayons de comprendre pourquoi ce corps, le nôtre comme celui de l’autre, est si important. Tantôt source d’angoisse, de fascination, de satisfaction ou de mécontentement, pourquoi tentons-nous de rendre nos corps, si beaux dans leurs différences, tous semblables ?

 

Montre moi ton corps je te dirais d'où tu viens.

 

Le mythe du “corps parfait” n’est pas une exclusivité du XXème siècle, loin de là. 

Les historiens ont pu reconstituer au fil des recherches et des découvertes l’histoire de la beauté, et cette dernière a connue nombre d’évolutions : la femme idéale au paléolithique aborde des formes rondes (selon les sculptures retrouvées), la mode passe ensuite aux silhouette fines et aux visages symétriques chez les Egyptiens. Plus tard, chez les Grecs, c’est un corps musclé qui est plébiscité, le Moyen Age a lui une préférence pour une apparence juvénile, tandis qu’au XVIIème, on comprime les corps dans des corsets, avant de mettre en avant la beauté d’un teint pâle presque maladif après la Révolution.

Aujourd’hui, dans notre société occidentale, l’accent est mis sur l’absence de poil, un corps mince mais pourvu de fesses et d’une poitrine généreuse, un corps à la “Kim Kardashian”.

 

Vénus de Willendorf
-24 000

Portrait d’une jeune fille
Petrus XVème

Héléne Fourment sortant du bain
P.P. Rubens 1638

Kim Kardashian
2019

Ces questions ont historiquement concernés en majorité les femmes. Résumées à un objet de désir pour les hommes, leurs corps ont trop longtemps été soumis aux plus extravagantes des exigences.

Néanmoins, les hommes ont eux aussi du poids sur les épaules.

Les modèles des travailleurs soviétiques et allemands des années 30 à 50 introduisent cette image d’un homme musclé, viril, travailleur, performant, reprise aujourd’hui entre autres par les géants Marvel et DC qui nous proposent à l’écran un florilège de super héros au corps d’acier, rôle tenu par des acteurs toujours plus musclés, toujours plus fidèles aux stéréotypes du corps parfait, de “l’homme idéal” (les personnages féminins n’étant pas en reste bien sûr).

Les tenants et aboutissants de cette culture du muscle présente dans notre société sont multiples et, pour aller plus loin, je vous invite à visionner ce reportage produit par Arte, véritable mine d’informations pour mieux comprendre ce phénomène.  

Depuis peu, le corps “idéal” a pris une nouvelle envergure, le recours de plus en plus courant à la chirurgie esthétique dans le monde (le marché des prothèses mammaires a lui seul à connu une augmentation de 7% par an de 2010 à 2014) ou encore les techniques de retouches de l’image mettent sur le devant de la scène des corps aux proportions contrôlées et des visages lissés, formatés, l’Humain parfait 2.0 ? 

Le corps parfait est donc un produit normé, propre à une époque, véhiculé par une culture. Il n’est en rien une vérité irréfutable, alors pourquoi est-il autant mis en avant et valorisé ? 


Le poids des valeurs.

 

Nous catégorisons sans cesse, c’est un des principes fondamental de notre fonctionnement cérébral : très tôt dans notre développement nous trions les informations pour appréhender ce qui nous entoure. Et notre environnement social n’échappe pas à cette règle. 

 

C’est le principe de catégorisation sociale mis en avant par Henri Tajfel en 1972 qui sert à systématiser et à ordonner l’environnement social […] et joue un rôle dans l’orientation pour l’action et l’actualisation des valeurs”.

C’est ce dernier mot qui nous intéresse ici :
les valeurs.

Pour donner du sens, nous associons éléments extérieurs, perçus, avec des informations subjectives internes.
Les couleurs en sont un très bon exemple : physiquement, la perception d’une couleur résulte “simplement” de la stimulation de cellules nerveuses spécifiques selon le spectre de la lumière renvoyée par un objet perçue par  notre oeil.
Et pourtant demandez-vous à quoi fait écho en vous la vision de la couleur rouge, ou bleue ? De leur nuances ?

Je vous renvoie aux travaux de Michel Pastoureau, historien français et spécialiste de la symbolique des couleurs, vous pouvez retrouver en cliquant sur ce lien une conférence qu’il a donné sur l’histoire et la symbolique du bleu. 

 

Revenons à nos humains, de la même manière nous associons valeurs, attirance ou aversion, sentiments, à ce que nous percevons des autres de manière brute. 
Et quelle meilleure information brute que l’image visuelle que nous percevons d’un individu ? 

 

 

Des enseignants partiaux.

En 1920 Thorndike a mis en avant l’effet de Halo, un biais cognitif qui nous pousse à attribuer des
caractéristiques positives ou au contraire négatives à un objet en fonction de notre première impression. On va donc très rapidement attribuer des valeurs à une personne en fonction de son physique simplement en un simple coup d’oeil.
(Pour en savoir plus sur l’effet de Halo https://www.youtube.com/watch?v=xJO5GstqTSY )

 

Clifford M. & Walster E. publient en 1973 une étude nommée  “The effect of physical attractiveness on teacher evaluation”, étude dans laquelle ils ont confronté un panel d’enseignants à plusieurs photos d’enfants, certains considérés comme “beaux” d’autres comme “laids” (selon les critères “de beauté” de la société), ils devaient ensuite décrire les enfants sur différentes dimensions. 
Les enfants jugés comme “beaux” étaient perçus par les enseignants comme plus intelligents, ayant plus de chances de réussite à l’école, et même ayant des parents plus investis dans leur scolarité, à l’inverse des enfants jugés comme “laids”. 

 

Effarant n’est-ce-pas ? D’autres études sont venues étayer ces résultats, il faut bien sûr remettre ces derniers dans leurs contexte expérimental et prendre en compte les facteurs pouvant les influencer. Néanmoins ils sont révélateurs des effets indéniables de nos idées préconçues sur la manière dont nous interagissons avec le monde.

 

De manière automatique, nous associons donc des valeurs positives aux standard de beauté véhiculés par la société et à l’inverse nous attribuons des valeurs négatives aux physiques considérés comme non désirables.


Et ça, les publicitaires, les hommes d’affaires, les producteurs de cinéma, l’ont très bien compris. 

 

 

Des corps mis en scène.

Ils utilisent ce qu’on appelle en psychologie cognitive un conditionnement évaluatif (Levey et Martin, 1975) : associer des corps, et donc leurs valeurs, désirables selon la société, (stimulus positifs) à leur produits (stimulus neutre) permet de modifier l’évaluation que l’on a du stimulus neutre pour le rendre plus positif (ou plus négatif, pensez aux contenus de propagandes par exemple).


Prenons les pubs pour les parfums, qui dans de nombreux cas mettent en scène des mannequins aux corps stéréotypés associés à des valeurs comme l’argent, la désirabilité par l’autre ou encore la puissance, le pouvoir.

Si vous achetez ce parfum, deviendrez-vous riche, célèbre, puissant ? Et si vous aviez ce corps “idéal”,
seriez-vous riche, célèbre, puissant ? 

 

Publicités des parfums Pure Xs et Invictus de Paco Rabanne, où les corps sont des objets d’influence

Non, et pourtant ces techniques de marketing continuent de faire leurs preuves, impactant nos perceptions et donc sur nos comportements. Posez-vous la question : seriez-vous tenté.e.s d’acheter un parfum associé à un corps que vous ne trouvez pas désirable ? Spontanément, probablement pas. 

Si nous résumons : le corps est porteur de valeurs, ces valeurs sont associées au produit qui est mis en scène, nous percevons donc ce produit comme porteur de valeurs. Et donc comme désirable. Ce processus renforce dans le même temps notre avis sur ce corps parfait qui nous est une fois de plus présenté comme étant un idéal à atteindre.

Alors que faire ? Abdiquer et nous lancer à la poursuite du corps parfait, le nôtre, mais aussi celui de l’autre : musclé, mince, glabre, sans une marque, un corps modifié par la chirurgie, purgé par les régimes, approuvé par l’immense tribunal des réseaux sociaux ? 

Alors peut-être serons-nous heureux/heureuse et accompli.e.s dans notre vie. 

Sincèrement et durablement ? Probablement pas.

 

Ou alors...

 

Ou alors nous pouvons nous réapproprier notre corps, repenser les rapports que nous entretenons avec ce dernier et avec celui de l’autre, remettre du sens dans les actions que nous effectuons pour lui, afin de passer d’un rapport de force, d’une dynamique de comparaison à une collaboration au service d’une acceptation joyeuse et sincère.

Pour nous réapproprier l’image que nous avons du corps, il est d’abord nécessaire de comprendre d’où proviennent les éléments qui sont susceptibles de biaiser cette dernière.

Au vu des différentes pistes que nous avons évoquées plus haut, je vous invite, à partir de maintenant, à voir plus loin que les images véhiculées par la société en général.

Nous devons nous questionner sur la place qu’occupe ce corps dans la publicité, sur son authenticité, comprendre que le corps de cet acteur est le résultat d’une préparation intensive, encadrée par une équipe de professionnels, nécessaire pour un rôle ; nous devons nous interroger sur le type de cadrages qui nous sont proposés dans les films, les émissions de télévision, ou sur l’influence de la télé réalité et la profusion de corps “parfaits” qu’elle offre à un public, souvent jeune, en quête de modèles et d’identité.

 

En identifiant ces mécanismes, en les comprenant, on réduit drastiquement l’influence qu’ils ont sur nous ;
on peut y réagir, les remettre en question afin que le regard que nous portons sur notre corps et celui de l’autre ne soit plus biaisé par ces injonctions tyranniques. 

 

Je me dois ici d’effectuer une précision : ce corps “parfait” n’est bien sûr pas mauvais en lui-même, il peut être une source de bonheur et de sens authentique pour certaines personnes qui se sont approprié leur corps de cette manière particulière, qui désirent sincèrement le corps de l’autre sous cette forme. Certain(e)s passent des heures à lire, regarder des films ou jouer de la musique, d’autres passent des heures à s’occuper de leur corps et ils en ont totalement le droit. Le but recherché est justement le non-jugement et la disparition d’un modèle idéal, afin que chacun puisse goûter la liberté de disposer de son corps comme il en a envie et non pour obéir aux injonctions d’un modèle de beauté unique.

 

Une fois que nous avons compris que la perfection n’est pas obligatoirement dans une peau complètement lisse, une épilation parfaite ou une rangée d’abdominaux bien dessinée, nous pouvons redécouvrir ce corps, dans sa singularité et sa différence.
Que-ce-qui nous plait réellement dans notre corps ? Dans celui de l’autre ? Comment avons-nous envie d’habiter ce corps, quelles pratiques esthétiques aimerions-nous laisser de côté ou quels changements voudrions-nous opérer qui nous satisferaient personnellement ? 

 

Pour vous accompagner 

Ces questions sont multiples et nécessitent souvent une introspection personnelle, et parfois un petit coup de pouce.

L’hypnose est un outil qui va vous permettre de faciliter le détachement aux jugements négatifs extérieurs afin de trouver la manière qui vous correspond le mieux d’habiter votre corps, dans le rapport que vous entretenez avec lui et dans le rapport que vous entretenez avec le regard extérieur. 

Vous accompagner à mettre du sens dans les changements désirés, à explorer ce qui se cache derrière vos complexes pour vous en libérer, tout cela constitue un terrain sur lequel nous pouvons travailler grâce au dialogue et à l’hypnose.

D’autres professionnels comme un.e diététicien.ne ou un.e coach sportif peuvent être des alliés sur le chemin de l’évolution vers l’acceptation selon vos besoins, vos envies.

 

 

 

“J’ai choisi un pseudonyme pour être libre d’écrire ce que je voulais, sans que le jugement des autres me pèse.” James Salter

 
Le regard extérieur doit lui aussi être remis à sa place qui doit être secondaire. Nous ne pouvons nier qu’il est plaisant de sentir que l’on est désirable, que l’on plaît, mais cela ne doit pas être une fin en soi (il est de toute manière impossible de plaire à tout le monde). 

Si vous agissez sur votre apparence faites-le d’abord et avant tout pour vous satisfaire, parce que vous y trouvez un plaisir sincère. Nous pouvons, je pense, nous accorder pour dire qu’il est nettement plus agréable et plus satisfaisant de plaire pour ce que l’on est vraiment sans artifice ni sacrifice.

Le regard des autres peut bien sûr être parfois pesant, lorsqu’il s’exprime par des critiques, par des blagues, des remarques banales mais blessantes, venant parfois de personnes proches de nous.

 

Osons dans ces cas-là réagir (que l’on soit la cible de ces commentaires ou témoin de la scène) interrogeons l’autre, avec calme, sur les raisons qui l’ont poussés à s’exprimer ainsi, afin d’en discuter, d’échanger, pour comprendre ce qu’il l’a poussé à dire cela et lui expliquer que ce n’est pas normal. 

Car non, ce n’est pas normal de juger et de se faire juger sur son apparence physique, ses vêtements, son corps.

 

Si cela vous arrive, gardez à l’esprit que lorsque l’on juge quelque chose, c’est au prisme de nos préférences, de nos goûts, de nos expériences. De ce fait ce jugement est à 100% subjectif. Il n’appartient qu’à la personne et ne reflète aucune prétendue vérité que vous devriez prendre en compte. 

 

C’est par de petites actions, par la compréhension, l’information, que nous pouvons à notre échelle donner une force à ces changements.

Cette évolution du regard que la société porte sur le corps est un travail nécessaire mais immense. Heureusement sous l’impulsion de différents acteurs, ce changement commence doucement à s’opérer. 

Le mouvement “body positive”, initiée en 1966 par Connie Sobczak et Elizabeth Scot, qui prône la réappropriation, l’acceptation du corps, prend de l’ampleur, relayé et partagé massivement sur les réseaux sociaux par des célébrités ou des anonymes, grâce à des compte instagram comme celui de Coucoulesgirls ou encore onveutduvrai.

D’autres mesures comme le décret n°2017-738 entré en vigueur en octobre 2017, qui rend obligatoire la mention “photographie retouchée” sur les images à usage commerciales représentants des corps retouchés artificiellement afin que chacun puisse être informé de la modification artificielle de ces corps.
Certaines marques de cosmétiques, de vêtements, misent de plus en plus sur le retour au naturel, à des mannequins aux corps et aux visages plus représentatifs de la diversité offerte toutes les formes et les couleurs du corps humain.

Ces changements sont le signe qu’une évolution s’opère peu à peu au sein des sphères-mêmes qui relayaient hier l’image d’un corps idéal unique.

 

Pour conclure ?

 

Je crois avoir autant effacé qu’écrit au long de la rédaction de cet article, ce sujet est vaste, complexe et passionnant, et si j’avais voulu développer au maximum mes recherches sur chaque sous parties vous seriez loin de lire cette phrase à l’heure qu’il est. 

Néanmoins je vous ai livré ce résumé,  qui est ici pour servir d’introduction, de tremplin, à de plus profondes explorations, et, je l’espère, à quelques introspections.
Il est important que chacun se saisisse de ce sujet. D’une part pour que les représentations sociales évoluent afin de soulager tout celles et ceux qui souffrent au quotidien des préjugés, des moqueries, des auto-jugements négatifs, boucles sans fin ô combien douloureuses. 

D’autre part, parce qu’il serait maladroit de proner la différence et l’apropriation tout en proposant un guide du « bien dans son corps » universel.
ll existe, je pense, autant de corps différents que de manières de les habiter sereinement. 

C’est donc aussi à chacun que revient la tache d’explorer, apprendre, se tromper parfois, pour trouver la façon la plus épanouissante de vivre sa vie accompagné par son compagnon de route par excellence : SON corps.

 

 

 

 
Vous pouvez commenter cet article si vous le souhaitez, afin de soulever de nouvelles questions, apporter des précisions, ou simplement me donner votre avis sur ce travail. 

Pour plus de précisions sur l’hypnose thérapeutique et son utilisation je vous invite à visiter mon site internet. 

Merci pour votre lecture, prenez soin de vous et à bientôt ! 

Laisser un commentaire